Dévisualisation,

Décomposer… c’est un peu comme déconstruire. Il y a derrière cette démarche un espoir. Celui du rafraîchissement. De la potentialisation. L’envie aussi de chérir tout ce que l’affirmation paradoxalement nie. Et puisque chaque forme, qu’elle le veuille ou non, nie autant qu’elle affirme, rompre les lignes revient à questionner. Alors quand Crespel déconstruit ou décompose, je ne peux m’empêcher de penser aux écarts de Rancière et à sa dévisualisation. A la joie manifeste qu’éprouve le philosophe lorsque, subitement relégué à l’amateurisme du spectateur, il découvre la liberté d’aimer et de vibrer indépendamment des autorités de la théorie, du savoir et de l’école. Au fond, que l’on parle de cinéma ou de peinture, l’idée demeure: “un art n’est jamais simplement un art ; c’est toujours en même temps une proposition de monde”.

  Decomposing is a bit like deconstructing. Behind the approach hides a sort of hope; for refreshments and new possibilities. There is also a certain desire to cherish everything that the statement would paradoxically deny. And, given that each form—whether it likes it or not—denies as much as it affirms, breaking the lines amounts to questioning. Therefore, when Crespel deconstructs or breaks down, I cannot help but think of Rancière’s deviations and his devisualisation. I think of the obvious joy that fills the philosopher when, suddenly relegated to the spectator’s amateurism, he discovers the freedom to love and vibrate without the burdening authority of theory, knowledge and school. In fact, whether we talk about cinema or painting, the idea remains the same: “an art is never just an art; at the same time, it is always a suggested world.”

 Film Fables (in French: Les Écarts du Cinéma), Jacques Rancière

« Etoffes Emois » Marseille

J’ai perdu le goût de l’origine et du destin. Celui de la justification. Existe-t-il vraiment une raison? Un argument valable capable d’étriquer en quelques concepts 25 ans de peinture, 25 ans de relation, 25 ans d’amour? Et, s’il existe, apporte-t-il quoi que ce soit? Regarder ma femme ou regarder un tableau, c’est regarder au-delà. Au delà de la forme, au-delà du visible, au-delà du dicible. Parce que le baiser ne conduit pas forcément à la consomption du corps et l’acrylique à une réponse au fond jamais engagée. Ni chair donc, ni concrétude. Ni mots ni théories. Juste quelques couches, quelques transparences. Quelques étoffes et autant d’émois.

Car il en va de frissons. D’abord et toujours. Du trouble impertinent que la résignation et le consensus oublient. J’aime le tissu pour la promesse qu’il contient. La vastitude que la frontière réserve. L’infiniment grand, mais l’infiniment petit aussi. En quelques pièces dessiner l’euphorie qui accompagne chaque découverte. Cette conquête douce et délicate que l’on nomme séduction. Le long d’une ligne, glisser du détail à l’essentiel. De la mosaïque à l’aplat. En quatre tons caresser la sensation qu’évoque le flirt de la dentelle avec le sillage de l’intime. Face à vous, ces chemins.

Huit grands formats. Une structure. Parce que le vocabulaire s’y construit comme la prose. Accessible mais enthousiaste. J’y cherche l’irrévérence de la dichotomie. La figure de Tiphaine converse avec l’espace, ou peut-être est-ce l’inverse. J’en garde la sensation. L’impression. Le contenant ne contient plus. Il libère. Que le paysage du corps épouse les horizons et vice versa. Sables et derme, pigments d’un voyage entre nuances et combinaisons. Je ne voudrais aucunement figer ce qui vit. J’évite les périmètres mais cultive les contours et les détours. L’érotisme sollicite la caresse. Plus l’on glisse, plus l’on frémit.

À l’intrigante étrangeté de cet autre, répond joyeusement la découverte de ses charmes. Sur papier, les secrets de sa peau. Les plissements d’une parure. Le puits sans fond du détail. Je crop sur mes grands formats, m’attarde sur leur recoins. On en perd l’omniscience mais y gagne l’émotion de l’abandon. Oublier la silhouette, c’est s’enivrer de la texture. Délaisser le champ et le contrôle obsessifs du grand-angle. Adopter le flou et l’étourdissement de la singularité. Le balconnet enchanterait-il autant si les fils retors de ses broderies ne contrastaient pas avec la volupté franche et constante du sein qu’il gonfle?

La métaphore enfin. Sous forme d’installation. De la prose de mes toiles à la poésie d’une idée. Le portrait en noir et blanc de Tiphaine délicatement imprimé sur un voile de satin, le tout déposé sur une fine couche de mousse. De là, condensée en une physicalité organique et rhizomique, ma foi en cet élan vital qu’amour, peinture et beauté portent quotidiennement. Étoffes, émois, Gainsbourg avait raison: « Les dessous chics, c’est la pudeur des sentiments maquillés outrageusement rouge sang. Les dessous chics, c’est se garder au fond de soi. »

ArtCan Gallery Marseille
Silk Study 2 130×180 2020
Erotic landscape 130×180 2020

J.K

Les moments d’introspection nous amènent à réfléchir. Comment dès lors ne pas s’appuyer sur les quelques événements solitaires qui voient naître la pensée? Le catalogue raisonné du maître Gérard Schlosser, par exemple, que je viens de commander… Ou le hasard d’une redécouverte cinématographique avec le « Lost in Translation » de Sofia Coppola et notamment sa délicate ouverture. Une scène qui salue et souligne le travail de John Kacere. Une scène dont l’évidence ne pouvait que séduire l’avidité de mon regard. “Women are the source of all life, the source of regeneration… My work praises that aspect of womanhood.” Ces mots que tous prêtent sans cesse à l’Américain? J’y souscris complètement. Manifeste donc, l’empreinte de ces deux peintres sur mon approche… Manifeste aussi l’avantage de l’hommage qui, libéré du fond, peut se concentrer sur la forme et son surpassement..

#johnkacere #cedrixcrespel #crespel

« John » 150×150 2020

« Kacere » 150×150 2020
JK7 33×41 2020
JK10 33×41 2020

LIGNE BLEUE

Crespel_Cedrix_La_Gitane_150x300
Discipline-146 114
Blue_Legs-2_162x130
Blue_Legs-2_162x130
discipline 162×130 2019

La gitane 2 150×200
My Trench 10 3 73×50
Pour Dessiner Une jambe 120×140
Study Work 2019

Residence

JARDIN ROUGE, ARTISTS IN RESIDENCE
CÉDRIX CRESPEL
Actuellement en résidence à Jardin Rouge, Cédrix Crespel travaille sur son projet intitulé « Ligne Bleue » qui sera présenté à Marrakech, Zurich et Bruxelles. L’artiste poursuit alors l’ambition de créer et de capturer la conception d’une « troisième entité » sur l’union spirituelle qu’il partage avec épouse. Né de son engagement pour sa muse, Tiphaine Crespel, l’artiste présentera son travail dans une palette de couleurs volontairement réduite, composée de bleu outremer, de noir et de blanc.

Currently in residence at Jardin Rouge, Cédrix Crespel – Artist is working on his project entitled « Ligne Bleue » which will be presented in Marrakech, Zurich and Brussels. The artist pursues the ambition to create and capture the conception of a « third entity » on the spiritual union he shares with his wife. Born of his commitment to his muse, Tiphaine Crespel, the artist will present his work in a voluntarily reduced palette of colours, composed of ultramarine blue, black and white.

Montresso Art Foundation

Ligne Bleue______________

1/ Ligne Bleue Montresso Marrakech 19 Oct 23 nov
2/ Ligne Bleue Zurich Kolly Gallery Act 1 18nov
3/ Ligne Bleue Zurich Kolly Gallery Act 2 6 janv
4/ Ligne Bleue Bruxelles Ehmer Gallery 17 janv 14 Fev
5/ Ligne Bleue Zurich Kolly Gallery Act 3 3 fev

6/ Ligne Bleue Paris Galerie Marcel Strouk fev

« Ligne Bleue » which will be presented in Marrakech, Zurich and Brussels. Cédrix Crespel pursues the ambition to create and capture the conception of a « third entity » on the spiritual union he shares with his wife. Born of his commitment to his muse, Tiphaine Crespel, the artist will present his work in a voluntarily reduced palette of colours, composed of ultramarine blue, black and white. A year of work in respect of Dogma.