Comment représenter une relation amoureuse, ses complicités intérieures, son histoire et ses récits, sa posture objective et sociale ? C’est l’exercice ambitieux et délicat que Cedrix Crespel essaie de relever dans une peinture qui n’est jamais une surface lisse ni un simple espace de projection. Elle se déploie comme un territoire instable, traversé de tensions, de glissements et de résistances : entre dévoilement et retenue, entre une lumière qui effleure les formes et une ombre qui les consume sans jamais les abolir. La toile devient un champ sensible où se joue une dialectique constante entre ce qui apparaît et ce qui se dérobe, entre ce que l’on donne à voir et ce que l’on choisit de maintenir à distance. En ce sens, le travail de Cedrix Crespel rappelle que ce médium reste l’un des lieux les plus exigeants et les plus fragiles pour approcher le désir, la vulnérabilité et la relation à l’autre.
Ainsi, loin d’un récit explicite ou d’une frontalité spectaculaire, ses œuvres s’inscrivent dans une zone intermédiaire : ni pure abstraction du sentiment, ni figuration illustrative. Elles habitent cet espace du trouble, du presque- visible, où l’image ne se livre jamais entièrement. Ce jeu entre le net et le flou, entre la précision d’un détail et l’indécision de l’ensemble, installe un schéma difficile à saisir.
L’histoire de l’art est profondément traversée par cette quête d’intimité et de dévoilement. Du clair-obscur du Caravage, où la lumière dramatique découpe les corps pour mieux exposer leur vulnérabilité, au velouté des chairs d’Ingres, où le désir se dissimule sous une perfection formelle presque glacée, chaque époque a inventé ses propres stratégies pour rendre visible la proximité des corps et des affects. Plus tard, l’érotisme feutré et troublant de Balthus a déplacé cette question vers une zone d’inconfort moral, tandis que Bacon, par la violence chromatique et la distorsion des figures, a donné à voir une intimité déchirée, convulsive, irréconciliée avec elle-même.
Chez Cedrix Crespel, cette filiation ne prend jamais la forme d’une citation ou d’un hommage explicite. Elle agit plutôt comme un soubassement, un terrain de résonances. L’intime n’y est ni idéalisé ni brutalement exposé. Il n’est pas un prétexte narratif, encore moins un motif érotique au sens traditionnel. Il est un matériau vivant, instable, issu d’un dialogue amoureux en permanente recomposition. Les tableaux de Crespel naissent d’un flux d’images partagé avec son épouse : une correspondance visuelle, continue, parfois quotidienne, où l’image devient un langage à part entière. Ce qui circule entre eux n’est pas destiné à être montré, et c’est précisément dans ce déplacement du privé vers l’espace de la peinture que l’œuvre prend forme.
Ce processus introduit une dimension temporelle essentielle. Les images ne sont pas isolées, elles s’inscrivent dans la durée, dans la répétition, dans les variations infimes d’un même corps, d’un même geste, d’une même présence. La peinture devient alors le lieu d’une décantation : elle ne reproduit pas l’image source, elle en retient la charge affective, la tension, parfois même l’absence. Ce n’est ni une relation de modèle à peintre, ni une posture voyeuriste. C’est un espace de confiance, fragile, où chacun accepte de se rendre vulnérable à l’autre, dans un accord tacite qui engage autant le regard que le silence.
Face à ces œuvres, le spectateur est placé dans une position ambiguë : ni voyeur, ni simple témoin. Il devient dépositaire d’une intimité qui ne lui appartient pas, mais qui lui est néanmoins confiée. L’accrochage, la répétition des motifs, la retenue des compositions construisent ainsi un dispositif presque moral, où le regard est invité à se responsabiliser, à mesurer sa propre place.
Cedrix Crespel poursuit ainsi une exploration à la fois charnelle et spirituelle
de la peinture et de son sujet. Ses œuvres font dialoguer les héritages du
passé avec une sensibilité profondément contemporaine, où l’intime devient
un enjeu universel. Loin de toute confession narcissique, elles posent une
question plus radicale: comment tenter de représenter ce qui, par essence, échappe à la représentation ?
Thomas Bernard
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How can one represent a romantic relationship, its inner complicities, its history and narratives, its social and outward posture? This is the ambitious and delicate challenge that Cedrix Crespel seeks to confront in a painting that is never a smooth surface nor a simple space of projection. It unfolds as an unstable territory, crossed by tensions, shifts, and resistances: between revelation and restraint, between a light that brushes against forms and a shadow that consumes them without ever erasing them entirely. The canvas becomes a sensitive field in which a constant dialectic plays out between what appears and what withdraws, between what is offered to view and what is deliberately kept at a distance. In this sense, Cedrix Crespel’s work reminds us that painting remains one of the most demanding and fragile spaces for approaching desire, vulnerability, and our relationship to the other.
Far from explicit storytelling or spectacular directness, his works inhabit an intermediate zone: neither pure abstraction of feeling nor illustrative figuration. They occupy that space of uncertainty, of the almost visible, where the image never fully reveals itself. This interplay between sharpness and blur, between the precision of a detail and the indeterminacy of the whole, establishes a structure that resists easy grasp.
The history of art has been deeply marked by this search for intimacy and revelation. From Caravaggio’s chiaroscuro, where dramatic light carves out bodies to expose their vulnerability, to the velvety flesh of Ingres, where desire is concealed beneath an almost icy formal perfection, each era has devised its own strategies for making visible the proximity of bodies and affects. Later, the subdued and unsettling eroticism of Balthus shifted this question into a zone of moral discomfort, while Bacon, through chromatic violence and distorted figures, revealed an intimacy torn, convulsive, unreconciled with itself.
In Cedrix Crespel’s work, this lineage never takes the form of quotation or explicit homage. It acts instead as an underlying foundation, a field of resonances. The intimate is neither idealized nor brutally exposed. It is not a narrative pretext, nor an erotic motif in the traditional sense. It is a living, unstable material born from a loving dialogue in constant recomposition. Crespel’s paintings emerge from a flow of images shared with his wife: a continuous visual correspondence, sometimes daily, in which the image becomes a language in its own right. What circulates between them is not intended to be shown, and it is precisely in this displacement from the private into the space of painting that the work takes shape.
This process introduces an essential temporal dimension. The images are not isolated; they unfold over time, through repetition, through subtle variations of the same body, the same gesture, the same presence. Painting becomes a place of distillation: it does not reproduce the source image but retains its emotional charge, its tension, sometimes even its absence. It is neither a model to painter relationship nor a voyeuristic posture. It is a fragile space of trust, where each accepts becoming vulnerable to the other within a tacit agreement that engages both the gaze and silence.
Before these works, the viewer occupies an ambiguous position: neither voyeur nor simple witness. The viewer becomes the custodian of an intimacy that does not belong to them, yet is nevertheless entrusted to them. The hanging, the repetition of motifs, the restraint of the compositions thus construct an almost moral framework in which the gaze is invited to take responsibility and to measure its own place.
Cedrix Crespel thus continues an exploration that is at once carnal and spiritual of painting and its subject. His works bring the inheritances of the past into dialogue with a deeply contemporary sensibility, in which intimacy becomes a universal concern. Far from any narcissistic confession, they pose a more radical question: how can one attempt to represent that which, by its very nature, escapes representation?
Thomas Bernard
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« Cédrix Crespel peint et dessine la femme. Cédrix Crespel peint et dessine sa femme. Cédrix Crespel peint des signes de sa femme. Cédrix Crespel, des signes, sa femme. Cédrix Crespel signe sa femme. Sa femme signe Crespel. La femme, signe Crespel…
Ce que ces mots, maladroitement, mobilisent, a pris forme au cours de deux décennies depraxis Crespel. Progressivement, par essais, du statique au dynamique. Une histoire de mouvement. Un jeu de digressions, de nuances, de différances. Le travail de Crespel, c’est donc cela: une manipulation constante du peindre pour une émancipation des carcans dogmatiques. Ici, pas d’école, pas de filiation, pas de genre, pas de lecture verticale où le spectateur, relégué au bas d’une hiérarchie revancharde, devrait humblement troquer des traits pour des lettres, des formes pour des palabres, dans l’espoir d’atteindre une idée suprême que l’artiste dans son goût de la différence et de l’inaccessible aurait travesti sous des codes représentatifs dont lui seul posséderait les clés. Non, Crespel, ce ne sont pas les fantasmes du Me, I and Myself. C’est l’amour du langage comme outil et comme espace, où l’ère et le temps constituent un point de départ mais jamais un absolu ou une fin. Bref, si vous aimez les possibles et redoutez les vérités, vous adorerez CRESPEL. »
Guillaume Rivera Auteur, critique et cinéaste
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« La peinture de Cédrix CRESPEL est une odyssée sensuelle. L’artiste y décline des femmes indépendantes et passionnées qui se jouent des rôles que la société veut bien leur accorder. Il est celui, qui nous apprendra, de gré ou de force, à voir, à nous défaire de nos habitudes pour entrer dans un univers autre, où ce qui habituellement est invisible devient visible. Cédrix CRESPEL peint son obsession pour les jambes et les dessous féminins. Dans sa peinture, tout est dit ? de la tension du désir qui le parcourt, des obsessions qui le hantent et surtout du talent à les suggérer.
Frondeuses, rebelles, espiègles, les femmes de Cédrix CRESPEL réinventent les codes de l’amour et dressent les portraits de femmes éminemment modernes..
Pourtant, au cœur de sa création, une histoire d’amour audacieuse et impertinente – celle très personnelle de l’artiste et de sa femme. Tels les amours de Dali et Gala, Cédrix CRESPEL rend hommage depuis toujours à sa muse… »
Estelle Guilié Directrice Artistique « Fondation Montresso » Maroc
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« Où sont les femmes ? Elles sont sur les toiles de Cédrix Crespel, habillées de couleurs chatoyantes, belles de jour comme de nuit.
Les Orientales de Cedrix échappent aux clichés. Normal : elles sont peintes avec l’amour d’un artiste qui refuse de choisir entre la froideur de l’ordinateur et l’arbitraire du trait de spray can.
Avec Cedrix, le graff se fait sensuel, la femme se voile de reflets pop, s’abandonne à la sensualité multicolore en gardant son mystère.
Femmes dominantes mais fragiles, femmes oxymores, femmes dont le pouvoir est dans le regard, l’attitude, le style. Des femmes Bazooka, des femmes au regard transperçant l’œil de celui qui les admirent.
L’exotisme de Cedrix vient de loin. Le sexe est là, habillé d’une sensualité qui n’a jamais besoin de s’imposer. Glycéro mais pas gynéco, le sexe selon Crespel fascine le spectateur qui s’y plonge.
Le peintre invente un monde parallèle dans lequel ses amazones se promènent en liberté. Dans une lumière éclatante, leur soleil étant ici remplacé par la palette de l’artiste, l’homme qui aime les femmes leur rend hommage.
Regard en gros plan, pose provocante, jambes écartées, yeux fermés d’après l’orgasme ou grand ouvert de l’amour, les dix femmes de Cedrix Crespel nous invitent à entrer dans son monde. À traverser le miroir et à pénétrer dans ses tableaux. Pour célébrer l’éternelle féminité de l’Orient, celle du désert et du soleil, du passé et du futur. »
Olivier Cachin, Ecrivain, journaliste
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« Les draps des toiles de Cedrix Crespel portent en filigrane, depuis toujours, un motif fondamental : l’érotisme. La volupté, furieusement contenue par les uns, hypocritement ignorée par les autres, tolérée sous conditions, déclenchée avec certaines recettes, occupe une place essentielle dans la peinture au point que l’art parfois n’en est que le prétexte plus ou moins avoué : elle est chez lui magistralement traitée sans complexes.
Par ses œuvres le peintre assouvit des fantasmes, des fantaisies, des caprices, des frasques, des excentricités, des histoires, qu’il nous donne en partage de façon spectaculaire. Si de manière romantique ou trivial, il aime toutes ses modèles qu’il célèbre comme des Muses, Maman ou Putain, Madone ou Madeleine, Marie ou Maryline, maîtresse ou esclave… »
Renaud Faroux, Historien d’art
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« Ses compositions évoquent le plan cinématographique, la lumière d’un David Lynch. Impression glacée confirmée par les à-plats parfaits, à la Glycéro, mais contredite avec ambiguïté par le travail énergisant des couleurs. L’inattendu, l’impression de menace qui rode, trouve son origine dans la présence incongrue des taches et dans la mise en scène de corps résignés à la traque dont ils sont l’objet. Car « sa » femme semble préparée calmement au combat. Soumise au regard, elle ne l’est pas dans l’absolu et passe sans complexe du statut de proie à celui de maîtresse. Dans cet univers porno-graphique, elle reste une déesse inaccessible. Brillante mais intouchable…
Résolument contemporaine, l’ensemble de son oeuvre séduit par la richesse de son analyse et de son énergie. »
Cecile Dufay Fondatrice de la Galerie « edgar Le Marchand D’Art »
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