« Etoffes Emois » Marseille

J’ai perdu le goût de l’origine et du destin. Celui de la justification. Existe-t-il vraiment une raison? Un argument valable capable d’étriquer en quelques concepts 25 ans de peinture, 25 ans de relation, 25 ans d’amour? Et, s’il existe, apporte-t-il quoi que ce soit? Regarder ma femme ou regarder un tableau, c’est regarder au-delà. Au delà de la forme, au-delà du visible, au-delà du dicible. Parce que le baiser ne conduit pas forcément à la consomption du corps et l’acrylique à une réponse au fond jamais engagée. Ni chair donc, ni concrétude. Ni mots ni théories. Juste quelques couches, quelques transparences. Quelques étoffes et autant d’émois.

Car il en va de frissons. D’abord et toujours. Du trouble impertinent que la résignation et le consensus oublient. J’aime le tissu pour la promesse qu’il contient. La vastitude que la frontière réserve. L’infiniment grand, mais l’infiniment petit aussi. En quelques pièces dessiner l’euphorie qui accompagne chaque découverte. Cette conquête douce et délicate que l’on nomme séduction. Le long d’une ligne, glisser du détail à l’essentiel. De la mosaïque à l’aplat. En quatre tons caresser la sensation qu’évoque le flirt de la dentelle avec le sillage de l’intime. Face à vous, ces chemins.

Huit grands formats. Une structure. Parce que le vocabulaire s’y construit comme la prose. Accessible mais enthousiaste. J’y cherche l’irrévérence de la dichotomie. La figure de Tiphaine converse avec l’espace, ou peut-être est-ce l’inverse. J’en garde la sensation. L’impression. Le contenant ne contient plus. Il libère. Que le paysage du corps épouse les horizons et vice versa. Sables et derme, pigments d’un voyage entre nuances et combinaisons. Je ne voudrais aucunement figer ce qui vit. J’évite les périmètres mais cultive les contours et les détours. L’érotisme sollicite la caresse. Plus l’on glisse, plus l’on frémit.

À l’intrigante étrangeté de cet autre, répond joyeusement la découverte de ses charmes. Sur papier, les secrets de sa peau. Les plissements d’une parure. Le puits sans fond du détail. Je crop sur mes grands formats, m’attarde sur leur recoins. On en perd l’omniscience mais y gagne l’émotion de l’abandon. Oublier la silhouette, c’est s’enivrer de la texture. Délaisser le champ et le contrôle obsessifs du grand-angle. Adopter le flou et l’étourdissement de la singularité. Le balconnet enchanterait-il autant si les fils retors de ses broderies ne contrastaient pas avec la volupté franche et constante du sein qu’il gonfle?

La métaphore enfin. Sous forme d’installation. De la prose de mes toiles à la poésie d’une idée. Le portrait en noir et blanc de Tiphaine délicatement imprimé sur un voile de satin, le tout déposé sur une fine couche de mousse. De là, condensée en une physicalité organique et rhizomique, ma foi en cet élan vital qu’amour, peinture et beauté portent quotidiennement. Étoffes, émois, Gainsbourg avait raison: « Les dessous chics, c’est la pudeur des sentiments maquillés outrageusement rouge sang. Les dessous chics, c’est se garder au fond de soi. »

ArtCan Gallery Marseille
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